Max Liboiron et le pouvoir du « comment ? »
MMax Liboiron menait des recherches sur les crises environnementales et de pollution apparemment insolubles lorsqu’il s’est intéressé pour la première fois au plastique. Se définissant lui-même comme un « agnostique disciplinaire », fort d’une formation en beaux-arts et en sciences sociales, Liboiron préparait un doctorat consacré à la gestion des déchets solides à New York au XIXe siècle, lorsqu’une simple suggestion l’a fait changer de cap.
« J’ai expliqué à quelqu’un que je travaillais sur des problèmes de déchets jugés impossibles à résoudre et sur la manière dont ils devenaient possibles, et cette personne m’a répondu : “Ah, alors tu dois travailler sur les plastiques.” Et cela se passait au début des années 2000, alors qu’il n’y avait pratiquement aucune recherche sur le sujet », raconte Liboiron. « J’ai répondu : “Non, parce que c’est en fait impossible.” J’y ai réfléchi pendant une semaine et j’ai décidé de consacrer toute mon attention à cette question. À mi-parcours de mon doctorat, j’ai changé de sujet. »
Après s'être plongée dans la recherche sur les plastiques et avoir étudié la manière dont les scientifiques et les militants décrivaient ce nouveau type de pollution, Liboiron a décidé qu'il était temps de se lancer dans la recherche scientifique. Aujourd'hui, Liboiron porte de nombreuses casquettes. À la fois militant·e, scientifique, mentor et maître de conférences à l’Université Memorial, son travail a un impact – et aide d’autres personnes à en faire autant – à de nombreux niveaux.
« À chaque décision que nous prenons, nous nous demandons : “Comment pouvons-nous faire cela de manière plus équitable ? Avec plus d’humilité ?” »
« La science est très étroitement liée au colonialisme, et ce depuis toujours. Mais comme j’ai passé beaucoup de temps à la critiquer, quand est venu le moment de faire de la science, je me suis dit : “Et si on ne faisait pas ça ?” », explique Liboiron. « Et comme j’ai passé tant de temps à la critiquer, j’ai compris que si la science est ainsi, c’est à cause de problèmes structurels. Il y a des normes. Il y a une culture. Il y a des précédents. Il y a cette énorme inertie des infrastructures et de la culture qui la rend ainsi. Je me suis donc demandé : comment changer cela de manière structurelle ? Nous allons nous appuyer sur des valeurs. »
Découvrez le laboratoire de sciences marines anticolonialiste et féministe de Liboiron, CLEAR (Laboratoire civique de recherche-action environnementale) — un collectif multidisciplinaire de chercheurs qui se spécialise depuis cinq ans dans la surveillance environnementale de terrain de la pollution plastique, en travaillant sur des programmes de surveillance communautaires, des enquêtes régionales sur les plastiques et un protocole de respect des animaux.
« Le laboratoire a deux missions : la recherche sur la pollution plastique… mais ce qui est le plus génial, c’est que nous sommes un incubateur pour la science féministe et anticolonialiste. Et c’est pour ça que je me lève le matin. Tout ce que nous faisons : qui nous embauchons, comment nous les embauchons, comment nous sortons les ordures, ce que nous considérons comme des ordures au départ, comment nous formulons nos questions de recherche, avec qui et dans quels délais… Pour toutes ces choses, nous nous demandons comment nous pouvons les aborder de manière plus féministe ou anticoloniale. Ce à quoi il est très difficile de répondre », explique Liboiron.
« Si on résume tout ça, on se demande : comment pouvons-nous agir de manière équitable ? Comment pouvons-nous agir avec humilité ? Et comment pouvons-nous agir en entretenant de bonnes relations avec les populations locales ? Il est beaucoup plus facile de répondre à ces questions. À chaque décision que nous prenons, nous nous demandons : “Comment pouvons-nous agir de manière plus équitable ? Et avec plus d’humilité ?” »
En 2018, Liboiron a été nommé(e) vice-président(e) associé(e) par intérim chargé(e) de la recherche autochtone à l’université Memorial, où il/elle s’est principalement consacré(e) à l’élaboration d’une politique sur recherche ayant un impact sur les communautés autochtones pour l’université. Liboiron explique que ce document — le premier du genre — a un impact non seulement sur l’établissement, mais aussi, par ricochet, sur l’ensemble de la province de Terre-Neuve. Il s’inscrit dans la continuité des travaux de son laboratoire et de ses valeurs.
« C’est de là que naît la bonté : de la question “comment ?”. Pas même de la question “pourquoi ?” ni de la question “quoi ?”, explique Liboiron. « C’est la manière dont on s’y prend, c’est de là que naît la bonté. »


