De la lutte contre les espèces envahissantes dans les parcs nationaux à la fabrication de plastiques biodégradables : une solution écologique

Imaginez un avenir où l'une des espèces marines envahissantes les plus prolifiques et les plus destructrices serait maîtrisée, exploitée et transformée en bioplastiques durables.

Un tiers des plastiques mondiaux finit dans l’océan, où ils persistent dans l’environnement, posant des défis considérables pour la faune et les habitats. Pour faire face à cette crise, Audrey Moores et son équipe de l’Université McGill ont mis au point une méthode innovante permettant de transformer les déchets de carapaces de crustacés en plastiques biodégradables, capables de se décomposer dans l’océan. Le crabe vert européen est une espèce envahissante et agressive qui provoque l’effondrement des écosystèmes par des effets en cascade partout dans le monde où il n’est pas indigène. Dans l’est de l’Amérique du Nord, par exemple, il détruit de vastes quantités de zostère marine, qui sert de nurserie aux espèces marines, stabilise les sédiments marins et constitue une source alimentaire essentielle pour les oies, transformant ainsi des paysages sous-marins luxuriants en paysages lunaires boueux. Chaque femelle de crabe vert peut produire plus de 175 000 œufs, ce qui constitue une ressource apparemment inépuisable. Chris McCarthy et Gabrielle Beaulieu, de Parcs Canada, ont mis au point une méthode de pêche d’une précision chirurgicale permettant d’extraire les crabes verts de l’écosystème tout en minimisant la mortalité due aux prises accessoires.
Moores et son équipe ont mis au point un procédé visant à transformer ce problème lié aux espèces envahissantes en une solution mondiale au dilemme des plastiques. À partir de composants biochimiques du crabe vert européen, ils ont développé un plastique marin biodégradable qui pourrait contribuer à la restauration des écosystèmes côtiers dégradés et donner naissance à une nouvelle industrie susceptible de soutenir les communautés de pêcheurs côtiers. L'Université McGill et Parcs Canada ont conclu un partenariat afin de développer cette solution innovante et durable.

Quels résultats ce projet a-t-il permis d'obtenir grâce au soutien du Fathom Fund ?

En soutenant le développement et la mise à l'échelle de la production de bioplastique à partir des carapaces du crabe vert européen, une espèce envahissante, les bailleurs de fonds ont directement contribué à préserver la santé des océans du monde entier et des communautés qui en dépendent. L’équipe du projet a validé avec succès la transformation du crabe vert en deux types de plastique et a industrialisé le procédé. Elle prépare actuellement un article sur ses travaux et collabore étroitement avec une entreprise québécoise pour mettre au point des procédés adaptables au crabe des neiges, à la crevette et au homard. « C’est extrêmement valorisant que les gens puissent donner leur avis sur l’orientation de la recherche », a déclaré Moores.

Partenariat avec Parcs Canada

Parcs Canada a joué un rôle de premier plan dans la mobilisation des parties prenantes et des collectivités en apportant directement des ressources à cette initiative, grâce à des accords de pêche conclus avec les collectivités locales et à une collaboration étroite avec les titulaires de permis de pêche au crabe vert dans tout le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

Équipe du projet

Le Dr Audrey Moores est professeure agrégée à l’Université McGill, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en chimie verte (2007-2017) et codirectrice de la McGill Sustainability Systems Initiative – Matériaux, ainsi que cofondatrice et PDG de ChitoDry Inc. Elle est une experte de premier plan dans le domaine de la catalyse utilisant des nanomatériaux à base de métaux, d’oxydes métalliques et de biomasse, avec un accent particulier sur les procédés durables et l’utilisation de matières premières abondantes sur Terre. Chris McCarthy est responsable de la conservation des ressources au sein de l’unité de gestion de la Nouvelle-Écosse continentale de Parcs Canada. Son équipe a mené une étude pilote sur la pêche au crabe vert européen dans le cadre d’une étude contrôlée visant à restaurer les écosystèmes côtiers du parc national Kejimkujik Seaside. Ce projet a fourni des informations fondamentales pour la création d’une pêche commerciale au crabe vert dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Gabrielle Beaulieu est responsable du projet de restauration côtière à Kejimkujik Seaside. Elle gère les activités de restauration au sein du parc et a mis en place des offres touristiques originales, notamment « Gone Crabbin’ », où les visiteurs paient pour contribuer à la restauration de l’écosystème côtier en pêchant des crabes. Elle a également favorisé la mise en place de partenariats visant à créer des produits culinaires haut de gamme et des expériences gastronomiques autour du crabe vert.

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