Rassembler la communauté des chercheurs en océanographie pour lutter contre la désoxygénation

Le Dr Gwenäelle Chaillou tire la sonnette d'alarme concernant la désoxygénation des eaux canadiennes.

Elle étudie les niveaux d'oxygène dans les eaux profondes de l'estuaire du Saint-Laurent depuis plus de 20 ans, prélevant des échantillons lors de diverses campagnes de recherche, notamment avec le Réseau Québec Maritime (RQM) et dans le cadre de l'expérience TReX ( Tracer Release Experiment ), une collaboration entre MEOPAR et le RQM.

L'année dernière, lorsqu'elle a effectué ses mesures à l'automne, elle s'est inquiétée de constater des niveaux aussi bas. Elle espérait les voir remonter pendant l'hiver, en raison de la diminution de l'activité humaine sur le Saint-Laurent. Mais lorsqu’elle a effectué de nouvelles mesures ce printemps, les résultats étaient encore plus bas. Dans certaines zones, elle a constaté que les niveaux de saturation en oxygène étaient inférieurs à 10 %, soit en dessous de ce que l’on observe dans une zone de minimum d’oxygène (OMZ), l’une des zones de l’océan présentant les niveaux d’oxygène les plus bas.

« C’est très inquiétant », a déclaré le Dr Chaillou. « Nous sommes à un moment où l’on constate des changements très radicaux dans l’oxygénation et dans l’ensemble des processus et voies biochimiques de l’organisme. »

C’est pourquoi elle a hâte de rencontrer aujourd’hui d’autres chercheurs spécialisés dans la désoxygénation venus de tout le Canada, à l’occasion d’un atelier national intitulé « L’état de la recherche sur la désoxygénation au Canada ».

« L'objectif de cet atelier est de se présenter, de brandir un drapeau et de dire : "Nous avons un problème ici aussi, et ce n'est pas seulement sur la côte ouest, c'est un phénomène mondial. C'est dû au changement climatique, dans l'océan Atlantique Nord" », a-t-elle déclaré.

Le Dr Chaillou n'est qu'une des nombreuses chercheuses et chercheurs à travers le Canada qui étudient la désoxygénation des eaux canadiennes. Mais elle n'est pas la seule à constater cette tendance, même si les causes peuvent varier.

« On mesure la concentration en oxygène depuis longtemps, mais ce n'est qu'aujourd'hui que nous commençons à constater le problème, car il faut disposer d'une très longue série chronologique pour le mettre en évidence… Il a été démontré qu'il existe une tendance à la baisse de la concentration en oxygène au Canada », a déclaré le Dr Ana Franco, chercheuse postdoctorale au sein du projet OxyNet (financé par MEOPAR), dirigé par le Dr Philippe Tortell et basé à l'Université de la Colombie-Britannique. Les mesures à long terme qui constituent ces séries chronologiques illustrent l'importance de la collaboration au sein de la communauté scientifique.

Comme les niveaux d’oxygène ont longtemps été considérés comme une mesure secondaire, le Dr Franco explique que la communauté scientifique ne s’y est intéressée de près que très récemment. Un autre défi réside dans la dispersion géographique des projets à travers le pays : ainsi, ceux qui étudient la question sur la côte Ouest ne sont pas bien informés des travaux menés sur la côte Est, dans le Saint-Laurent ou dans l’Arctique. C’est pourquoi OxyNet a réuni des chercheurs de tout le Canada afin de se pencher sur ce problème de plus en plus préoccupant.

« Il existe des outils qui pourraient être partagés, ce qui permettrait de gagner du temps. Par exemple, il se peut qu’un modélisateur de l’Est ait mis en place un processus dont un modélisateur de l’Arctique aurait besoin. Ou peut-être que quelqu’un a mis au point un indice permettant de mesurer le stress subi par les organismes en raison de la désoxygénation. Mais cela n’est ni généralisé ni bien connu », a déclaré le Dr Franco. Au vu de l’intérêt suscité et des e-mails qu’elle a reçus avant l’événement, elle a affirmé qu’il existait clairement un besoin de coordination et de liens accrus au sein de la communauté des chercheurs travaillant sur la désoxygénation.

L'atelier s'articule autour de trois thèmes : l'observation, la modélisation et les impacts biologiques de la désoxygénation. Chaque session proposera un aperçu des recherches et des outils actuels, avec la participation de chercheurs de tout le Canada, issus des régions du Pacifique, de l'Atlantique et de l'Arctique. Les sessions se termineront par une discussion sur le renforcement de la collaboration afin de relever les défis actuels.

Le Dr Franco espère que cet atelier permettra de commencer à tisser un réseau pancanadien sur ce sujet et de renforcer le partage des connaissances, qui revêt une importance capitale pour la recherche. Elle a indiqué que l’équipe d’Oxynet avait récemment soumis un article sur les impacts de la désoxygénation des poissons de fond dans le Pacifique Nord-Est, qui examine comment l’habitat pourrait évoluer à l’avenir en raison des changements climatiques et de l’évolution de l’habitat, y compris la désoxygénation. Cet article repose sur la mise en commun de données provenant de diverses sources qui n’étaient pas toutes accessibles en un seul et même endroit.

Le Dr Chaillou a hâte de voir quelles collaborations pourront naître à l'issue de cet atelier. Elle souhaite proposer un cadre de collaboration plus formel, tel qu'un pôle de recherche ou un « laboratoire vivant », qui pourrait également impliquer des acteurs au-delà de la communauté scientifique.

« Nous devons être organisés. Nous avons besoin d’un leadership fort », a-t-elle déclaré.

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