Sherilee Harper cherche des réponses
À l'occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars 2020, MEOPAR met à l'honneur certaines des femmes exceptionnelles de notre réseau, comme Sherilee Harper, membre du Comité de gestion de la recherche.
Sherilee Harper se souvient du moment précis où elle s'est passionnée pour la recherche. Après avoir grandi dans une petite ville de l'Ontario, elle est entrée à l'université en pensant avoir trois perspectives de carrière : enseignante, médecin ou infirmière.
« J’avais un professeur de biologie vraiment génial en première année. Il y a eu ce cours au deuxième semestre — je me souviens exactement où j’étais assise et ce que je portais, car ça a été l’un de ces moments de révélation — où il a commencé à parler de la recherche et du fait qu’il y a tant de choses que nous ignorons », raconte-t-elle. « Je ne savais pas que c’était une option possible, ni même que la recherche existait. Ça m’a complètement bouleversée ; j’étais émerveillée à l’idée qu’il existât cet outil puissant permettant de répondre à ces questions, dont beaucoup ont des conséquences vraiment importantes pour la société et l’humanité. »
À l’issue de ce cours, elle a postulé à 50 postes d’assistante de recherche. Cette curiosité l’a conduite à passer un été à étudier l’ornithologie, puis un semestre au Kenya, où elle s’est passionnée pour les liens entre la santé de l’environnement et la santé humaine. Elle a ensuite suivi un master et un doctorat en épidémiologie, étudiant les liens entre environnement et santé dans les communautés du Nord, et, comme elle le dit elle-même, « le reste appartient à l’histoire ».
Aujourd’hui professeure associée à l’Université de l’Alberta, titulaire d’une Chaire de recherche du Canada sur le changement climatique et la santé (et nouvelle membre du comité de gestion de la recherche du MEOPAR), Mme Harper concentre ses recherches sur les liens entre les conditions météorologiques et la santé des populations autochtones dans le contexte du changement climatique. Elle travaille principalement en partenariat avec des communautés inuites de l’Arctique, étudiant l’impact des changements environnementaux sur tous les aspects de la vie, de la nutrition à la santé mentale. Elle est également co-responsable du programme « Indigenous Health Adaptation to Climate Change » (IHACC), une initiative de recherche internationale menée en collaboration avec des populations autochtones de l’Amazonie péruvienne, de l’Arctique canadien et de l’Ouganda.
« C'est vraiment une période passionnante pour étudier le changement climatique. »
« C’est une période vraiment passionnante pour étudier le changement climatique, car je ne pense pas qu’il y ait jamais eu, dans toute l’histoire de l’humanité, un seul sujet autour duquel les gens se soient unis de la même manière à l’échelle mondiale », explique-t-elle. « Il est également intéressant d’observer le rôle que joue la science dans ces manifestations. Si l’on revient aux messages de Greta [Thurnberg], son message principal est que les décideurs doivent écouter les scientifiques, prendre au sérieux ces rapports du GIEC et agir en conséquence. »
Harper était l'une des auteurs principales de l'un de ces rapports, à savoir le rapport spécial du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) publié à l'automne dernier et intitulé « L'océan et la cryosphère dans un climat en mutation ». Parmi les 100 experts en changement climatique issus de 36 pays qui ont consacré deux ans à la rédaction de ce rapport, elle était la seule spécialiste des sciences de la santé.
« Ce rapport aborde largement les sciences physiques, mais aussi les implications concrètes de ces changements de l’environnement physique pour les populations sur le terrain », explique-t-elle à propos de ces travaux. « Il ne s’agit pas seulement de savoir comment la chimie des océans évolue ou comment les océans se réchauffent. Il s’agit de comprendre comment ces phénomènes affectent les populations humaines qui dépendent de la cryosphère — c’est-à-dire, comme le souligne notre rapport, pratiquement tout le monde sur la planète. »
Selon Mme Harper, l'été dernier, le contexte de la recherche et de l'action en matière de climat a radicalement changé. Nous entrons dans une nouvelle ère pour les travaux tels que les siens, une ère à laquelle elle est ravie de participer.
« Pour les habitants du Nord, il ne fait aucun doute que l’environnement a une incidence sur leur santé. L’intérêt que porte la communauté à cette recherche, leur volonté de la mener à bien et de la poursuivre — leur enthousiasme pour ce sujet —, voilà ce qui me motive », explique-t-elle.
« Le changement climatique est un phénomène inquiétant. Il suscite beaucoup d’angoisse et, quand on y pense au quotidien, cela peut être accablant. Voir ces mouvements internationaux menés par des jeunes me motive énormément à aller de l’avant. Surtout quand je les vois mettre en avant l’importance de la science et des données factuelles dans la prise de décisions sur la manière de lutter contre le changement climatique. Cela me donne beaucoup d’espoir. »
